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Un Briquet Paléolitique

Giorgio Carboni, Octobre 2004.
Traduit par Caroline Varin, Mai 2007

 


 

TABLE DES MATIÈRES

Introduction
Comment allumer (ou pas) une cigarette
La guerre du feu
Construire et utiliser un briquet à l'arc
Technique du silex et de l’acier
Une perceuse à volant d'inertie
Archéologie expérimentale
Historie de la technologie
Conclusion
Bibliographie



INTRODUCTION

Les premiers foyers ou feux de camps primitifs découverts ont environ 500.000 ans. Cependant, il semble que contrôler le feu devient plus fréquent autour de 250.000 ans avant notre ère. Au début, les hommes primitifs exploitaient le feu donné par les évènements naturels, comme la foudre et les éruptions volcaniques. Ce n’est que plus récemment qu’ils ont appris à les allumer par eux-mêmes.

Vous êtes vous déjà demandé comment les hommes primitifs ont réussi à allumer le feu étant donné le fait qu’ils ne disposaient ni d’allumettes ni de briquets ? Comme ils ne vivaient pas dans des maisons confortables avec un chauffage central comme le notre, mais dans des huttes exposées aux vents froids de l’hiver, à la pluie et à la neige, ils devaient être sûrement plus motivés que nous pour maîtriser le feu.

Le feu était important, principalement pour les personnes qui venaient d’Afrique et s’installaient dans des zones climatiques plus froides comme l’Europe ou l’Asie. Le feu n’était pas seulement important pour se chauffer, mais aussi pouvoir cuisiner et manger des repas chauds. Il permettait aussi d’avoir un peu de lumière dans la nuit et d’éloigner les bêtes sauvages. Le feu était aussi utile aux anciens prêtres parce que par le biais de ses flammes il leur parlait de temps reculés et de ce qui allait arriver dans un futur éloigné. Ils ne manquait pas des raisons pour lesquelles il fallait pouvoir allumer un feu!

Les hommes primitifs suivaient des hordes d’animaux pendant leur migration et savaient comment transporter des braises dans un récipient adapté, mais parfois la braise s’éteignait et il devenait essentiel de pouvoir allumer un nouveau feu. Imaginez leur embarras si pour cela il devait attendre la foudre ou une éruption volcanique.

Avec le développement de l’agriculture au Néolithique et la sédentarisation des hommes, garder un feu constamment allumé devint une pratique courante. Une même pratique est observée chez les Romains, qui considéraient le feu comme sacré et chargeaient des prêtresses de le maintenir toujours allumé.


COMMENT ALLUMER (OU PAS) UNE CIGARETTE PAR DE MOYENS PRIMITIFS

La question d’allumer un feu s’est posée à moi le jour où je me suis retrouvé sans briquet, à l’heure de fumer une cigarette. Après avoir retourné toute ma maison pour trouver des allumettes ou un briquet je me suis dit que si les hommes primitifs étaient capable d'allumer le feu au quotidien, après toute la technologie et l’évolution qui avaient fait de l’homme moderne un être si « intelligent », sans aucun doute j'aurais su le faire moi aussi!

Ma première idée a été d’utiliser la lentille que je possédais, mais ce jour là le temps était couvert, et même si le soleil avait été présent il n’aurait pas été assez chaud – c’était l’hiver. A ce moment je me suis souvenu du système dont les hommes primitifs se servaient pour allumer un feu; j’en avais vu une photo dans un livre. C’était un système très simple: un bâton de bois - que l’on fait rouler entre les mains - frotte sur une petite planche jusqu’à ce que la pointe brûle à cause de la chaleur dégagée par la friction. Facile comme concept! J’étais alors persuadé que j’allais y arriver en 5 minutes….

Mais c’était sans compter sur la technicité de la méthode. J’ai d’abord appris à mes dépends qu’il faut utiliser un bâton bien droit et bien lisse pour ne pas s’abîmer les mains. J’ai trouvé plus tard des tiges de flèche d’environ 250 mm de haut qui ont fait l’affaire. Ensuite, il faut prendre une planche comme base pour frotter la tige. Mais ces deux seuls éléments ne suffisent pas …

Il faut aussi prendre un détail en compte: si on veut chauffer la pointe du bâton et provoquer son inflammation, il faut frotter la pointe tout en l’appuyant d’une certaine manière sur la planche. Il est donc nécessaire de faire tourner le bâton tout en le poussant vers le bas. De cette manière, après quelques tentatives, les mains arrivent en bas du bâton, et vous devrez les remettre en haut du bâton. Mais le temps de replacer vos mains permet à la pointe de se refroidir. Ce n’est donc pas suffisant.

En effet, les Hommes primitifs utilisaient un archet! En me rendant dans un bois proche, j’ai trouvé une branche d’environ 50 cm de long, légèrement courbée. J’ai noué une corde entre les deux extrémités de cette branche, avec laquelle j’ai fait plusieurs tours autour du bâton. Tentative infructueuse dans la mesure ou la corde n’est pas assez souple. En effet, les Hommes primitifs utilisaient des bandes de peau ou des tendons beaucoup plus flexibles et résistants. Pour l’expérience j’y ai substitué une bande de peau (figures 2 e 4) et ça a été tout de suite mieux.

Il faut aussi rajouter une pierre plate – avec une encoche – qui permet de caller le haut du bâton pour ne pas se perforer la main. A partir de ce moment les choses ont commencé à beaucoup mieux marcher. Pour éviter que le bâton glisse sur la planche j’ai ajouté quelques encoches sur la planche. Pour éviter que la planche ne glisse il fallut la caller avec le pied.

Avec un peu d’entraînement et de perfectionnement de ma technique, j’ai enfin vu une petite fumée. J’étais déjà très content du résultat mais malgré tous mes efforts, je ne voyais aucune trace de braise. En effet, autour de l’encoche dans laquelle je faisais tourner le bâton, un peu de poussière de bois brûlé été apparue. C’était trop peu et les braises se sont vite éteintes. Pour les conserver, j’ai fait une rainure près du bord de la planche – sans la traverser - et j’ai rajouté une gouttière de manière à ce que les braises du fond soient toutes regroupées ensemble. Peu après ça, j’ai trouvé dans un livre la photo d’une planche pour faire du feu, par une méthode originale utilisée par les Indiens d’Amérique. Cette dernière était faite avec un ensemble de trous alignés long le bord de la planche et chacun d’eux avait sa propre rainure. Quelle bonne idée!

Après tout ce travail, j’arrivais à avoir des braises, mais je n’avais pas préparé d’amadou correct pour amorcer la combustion. J’avais récupéré de l’herbe coupée qui n’avait pas suffisamment séché pour s’enflammer. J’ai honte de l’avouer mais j’ai eu recours à un sèche-cheveux pour la sécher. Je me demande comment faisaient les Hommes primitifs en Hiver pour avoir du combustible sec… ils devaient avoir des réserves d’amadou sec récolté en été.

Après avoir recueilli les petites braises vous devez les placer sur l’amadou, leur laisser le temps de le chauffer, ajouter ensuite un peu d’herbe sèche et enfin souffler délicatement sur le tout. La fumée va s’amplifier, et soudain une flamme va apparaître.

Mais si vous avez bien suivi un petit problème technique se pose :
Vous avez une main sur la pierre, une main sur l’archet et un pied qui calle la planche. Il vous reste donc un deuxième pied pour ajouter de l’herbe sur le feu…. Cela semble acrobatique. Me trouvant dans cette posture, un de mes amis s’est moqué de moi en me proposant gentiment un briquet classique. J’ai refusé – j’avais oublié que j’avais envie de fumer… Puis il m’a aidé en plaçant l’herbe sur les braise et l’amadou.

Après tant d’efforts, mon opinion sur les Hommes primitifs avait changé; s’ils étaient capables de faire du feu avec si peu de moyens c’est qu’ils étaient vraiment capables. Ils ont eu l’idée de mettre en oeuvre une expérience qu’ils ont fait évoluer pour l’améliorer; ils ont été en mesure de faire des trous sans perceuse, de fabriquer ou de trouver des baguettes résistantes. A tous ceux qui se pensent plus intelligents qu’eux, vous pouvez proposer une petite expérience: allumer un feu sans briquet.


LA GUERRE DU FEU

"La Guerre du Feu" est le titre du roman écrit par J.H. Rosny ainé dans le 1911 et publié maintenant par Hachette. Il est aussi le titre du film français réalisé dans le 1981 par Jean-Jacques Annaud. Il raconte l’histoire d’un groupe d’hommes primitifs qui est envoyé par leur propre tribu à la recherche de braises. Dans leur village le feu s’est éteint et personne ne sait comment le rallumer. Probablement le considérait-il comme quelque chose de vivant, comme un être étrange ou un esprit qui devait les effrayer. Indubitablement, pendant de très longues années, nos prédécesseurs, comme les animaux, ont eu peur du feu. Si l’un d’entre eux plus courageux que les autres s’était amusé à le toucher, il avait dû se brûler et s’échapper à se cacher.

Un peu après les Hommes ont sûrement pensé que le feu était l’esprit des arbres, un esprit sacré ou Dieu sait quoi. Les feux de foret devaient les faire détaler, morts de peur – nous en ferions de même aujourd’hui dans une telle situation. Peut-être ont-ils appris à obtenir du feu à partir d’un arbre frappé par la foudre ou d’une autre source; utilisant le feu en veillant à le maintenir en vie. Revenons donc sur l’histoire relatée par ce film.

Le film raconte l’Odyssée de ce petit groupe d’hommes désespérés alors qu’ils cherchent le feu et doivent se défendre contre les attaques des bêtes féroces et des autres tribus. Ces hommes n’utilisaient pas un langage articulé et clair, mais ils utilisaient de grognements, des cris, et d’autres sons, qui étaient souvent accompagnés de gestes et de mimiques faciales.

Après un périple de plusieurs jours, ils sont capturés et emmenés dans le village d’une autre tribu. Pour faire court, ils arrivent à s’échapper avec quelques braises incandescentes placées dans un container plein de cendres. Alors qu’ils s’en vont, ils sont suivis par une fille de la tribu qui les avait faits prisonniers – elle était tombée amoureuse de l’un des membres du groupe. Ils lui jette des pierres pour ne pas qu’elle les suive. Cette fille était d’une tribu qui utilisait le langage articulé. Elle essayait de parler avec ses nouveaux amis, mais en retour elle recevait des pierres.

Après plus d’un mois d’absence, l’expédition était finalement de retour dans leur propre village situé près d’un marécage; la tribu au complet accoure pour les accueillir, mais l’enthousiasme général provoque leur chute dans l’eau, éteignant ainsi les braises brûlantes que les pauvres hommes avaient réussi à ramener au village avec tant de peine.

La déception est extrême, et la tribu sombre dans une grande dépression. Alors que la tribu se réfugie dans une grotte glaciale, afin de se protéger des esprits de la pluie et du vent, la fille qui suivait toujours l’expédition comprend la situation. Elle essaye de dire quelque chose, mais personne ne la comprend, alors elle prend des objets dans une poche, et commence à faire tourner une baguette cylindrique sur un morceau de bois. Après un moment de curiosité, les membres de la tribu lui retournent le dos. Bien sur, après peu de temps, un peu de fumée monte du bois, une odeur de brûlé se répand dans l’air aussi vite que l’excitation gagne la tribu transie de froid. Bientôt les braises sont amenées sur un tas d’herbe sèche. La fille souffle dessus jusqu’à ce que les flammes jaillissent du tas. Alors que la flamme éclaire les faces livides, l’enthousiasme est à son comble. Le film se termine sur cette touche d’espoir.

Il ést évident que cette fille, qui venait d’une tribu plus évoluée, savait comment allumer un feu. Mais à cette époque allumer un feu n’était pas le geste simple que l’on peut connaître aujourd’hui. Quand vous allumez une cigarette avec un briquet, rappelez vous que pour accomplir cette action qui dure une fraction de seconde il a fallu franchir tout un chapitre de l’Histoire.

Ce chapitre démarra il y a des milliers d’années, quand nos ancêtres partageaient encore avec les animaux la peur du feu. Il a fallu ensuite que d’autres hommes apprennent à le domestiquer, à l’alimenter, à l’utiliser pour se chauffer, à cuisiner avec, à préparer des objets et finalement à l’allumer quand ils en avaient besoin. Cette aventure s’accélère avec l’invention de nouvelles techniques comme la récente pierre de silex, et les allumettes.

Cependant maîtriser le feu, c’est pouvoir atteindre des températures de plus en plus élevées ; dans un premier temps celle nécessaire à la cuisson des aliments, puis celle pour mélanger du cuivre et de l’étain pour réaliser du bronze, puis celle pour cuire de l’argile et réaliser des poteries, pour faire des céramiques pour fondre et travailler l’acier…. Jusqu’à aujourd’hui où des millions de degrés permettent de réaliser la fusion nucléaire qui est en voie développement. A ce moment là, nous aurons atteint la température des étoiles.


CONSTRUIRE ET UTILISER UN BRIQUET À L'ARC

MATERIEL

- une baguette bien droite et avec une extrémité ronde pour être utilisée comme une perceuse (du tilleul, du châtaigner, du noisetier, etc… );
- une planche (bouleau, peuplier, tilleul, etc. );
- une branche incurvée, pour être utilisée comme un arc;
- une corde résistante et flexible, ou mieux un bout de peau de daim.
- une pierre plate;
- un peu de cire, de graisse ou du savon;
- un peu d’amadou: le champignon Fomes fomentarius ou du Typha latifolia ou du coton un peu carbonisé ou du coton imbibé de nitrate de potassium.
- de l’herbe sèche.

Il est conseillé de ne pas utiliser de bois de conifères. En effet, ce bois est un résineux et il n’est pas confortable d’allumer des feux avec ce système. De la même façon, l’utilisation de bois filandreux n’est pas souhaitable non plus.

Figure 2 – Composants du système d’amorçage du feu.

 

COMMENT PRÉPARER LE BRIQUET

- faire des trous (sans les percer complètement) le long de la planche.
- près de chaque trou, faites une entaille pour récupérer les braises.
- sur une des faces de la pierre, faire une cavité pour caller le haut de l’extrémité de la baguette.
- polir cette cavité en utilisant du sable;
- fabriquer l’arc avec une branche et une corde flexible.
 

 

Figure 3 – planche avec des trous et des rainures.
La pièce de cuir permet de récupérer les braises.

 

COMMENT UTILISER LE BRIQUET À ARCHER

- mettez un peu de cire dans la cavité de la pierre;
- placez la corde sur l’arc et faites deux ou trois tours avec autour de la baguette;
- placez la pointe de la baguette dans un des trous de la planche en bois;
- attrapez la pierre et placez l’autre extrémité de la baguette dans l’encoche prévue à cet effet;
- placez une bande de cuir sous les rainures pour récupérer les braises.
- agenouillez vous et avec un pied callez la planche;
- alors que vous maintenez la pierre, poussez doucement la baguette.
- faites aller et venir l’arc, pour donner un mouvement de rotation à la baguette;
- quand vous voyez de la fumée, continuez votre mouvement avec l’arc pour accumuler des braises;
- quand vous arrêtez, prenez les braises sur le morceau de cuir et placez les sur un peu d’amadou;
- doucement soufflez sur les braises et placez les sur un tas d’herbes sèches;
- continuez à souffler de manière à alimenter le feu en oxygène;
- quand vous voyez des flammes, arrêtez de souffler et laissez le feu prendre vie tout seul.

 Figure 4 – Bougez l’archer de gauche à droite pour faire tourner la baguette.

N’espérez pas réussir dans cette entreprise à la première tentative. Pour y arriver vous devez vous entraîner et vous munir de beaucoup de patience.


TECHNIQUE DU SILEX ET DE L'ACIER

Si vous prenez un morceau de pyrite ou mieux de marcassite (pierres contentant du sulfure de fer: FeS2) et que vous tapez fort contre un morceau de silex, des étincelles vont jaillir du point d’impact. Si vous faites atterrir ces étincelles sur un amadou adapté, vous pouvez récupérer de petites braises. En plaçant ces braises sur un tas d’herbes sèches, et en soufflant dessus, vous pouvez engendrer des flammes. Il semble que cette technique ait été utilisée depuis les temps primitifs pour allumer des feux.

Avec l’invention de la métallurgie de l’acier, il a été possible de remplacer la pyrite par l’acier. En fait, le frottement de l'acier contre le silex provoque l'arrachement de fragments métalliques qui à contact avec l'atmosphère s'oxydent (les étincelles). Ce système a été employé pendant longtemps pour allumer le feu. A partir du début du XVIIème siècle, les armes à feu et les pistolets furent équipées d'un dispositif qui permettait au silex (appelé: pierre à feu) de frapper fort sur une pièce en acier appelée percuteur. Les étincelles produites se regroupaient dans une petite cavité remplie de poudre, l’enflammait, puis la combustion se propageait dans un petit trou qui donnait sur la chambre principale contenant la poudre, permettant ainsi à cette dernière de s’enflammer à son tour et de propulser le projectile.

J’ai rencontré Mr Tomaselli pour la première fois au printemps 2004, au congrès des Minéraux à Bologne. Il montrait à une foule d’enfants et d’adultes massés autour de lui comment les hommes primitifs fabriquaient des outils de pierre pour produire des instruments et des armes, comment ils préparaient les couleurs à base d'ocres et comment ils les utilisaient pour peindre leur visage ou pour réaliser des peintures sur les parois de cavernes. Il avait plusieurs instruments qui reproduisaient les outils préhistoriques, comme la perceuse que vous pouvez voir en figure 9. Il montrait aussi comment les hommes primitifs allumaient un feu utilisant le système à arc, ou la technique de la pierre à feux et du percuteur. En résumé, il avait un vrai laboratoire d’expériences archéologiques. Ce fut la première occasion qui me fut donnée de voir comment allumer un feu avec la technique de l’arc et la baguette, une démonstration qui coûta à Mr Tomaselli une bonne quantité de sueur. En effet, allumer un feu avec des méthodes primitives est toujours un défi.

Il m’expliqua qu’avant son premier succès, il avait du faire de nombreuses tentatives et qu'il était important de trouver des matériaux adaptés et de l’amadou convenable. Il me parla aussi de la technique utilisant l’acier et le silex, et il m’envoya les photos 5, 6, 7 et 8 qui montrent quelques étapes de l’utilisation et de la fabrication de percuteurs en acier.

 

Figure 5 - Mr Tomaselli travaillant les percuteurs en acier avec un marteau et une enclume. Dans le fond, derrière le marteau, vous pouvez remarquer la forge utilisée pour amener l’acier à 800°C, température nécessaire pour le ramollir et le travailler. En arrière plan, il y a un baquet d’eau pour tremper l’acier chaud.

 

 

Figure 6 – une deuxième image du travail de l’acier chaud pour les percuteurs en acier. Remarquez les tisons de charbon et le feu couvant dans la forge.

 

 

Figure 7 – Un percuteur en acier. Sa forme permet de le saisir et de l’utiliser en évitant les blessures aux doigts.

 

Figure 8 – Des étincelles provenant du choc de l’acier et d’un silex. Le choc entre un morceau d’acier et une surface dure comme le silex cause un échauffement rapide de fragments de métal qui volent loin de l’impact. Du fait de leur haute température, ces petits fragments d’acier émettent de la lumière, s’oxydent au contact de l’air, et peuvent provoquer l’inflammation d’un matériau. Si vous avez de telles étincelles sur un amadou adapté, vous pouvez créer des petites braises que vous pouvez attiser en soufflant doucement dessus. Alors que les tisons deviennent plus gros, vous pouvez ajouter une touffe d’herbe sèche pour alimenter le feu et favoriser l’apparition des flammes.

Souvent Mr Tomaselli donne des cours d’Archéologie Expérimentale dans les écoles et les musées. Pour plus d’informations, allez visiter son site : http://www.archeologiasperimentale.it


UNE PERCEUSE À VOLANT D'INERTIE

Cette perceuse peut être utilisée aussi bien pour allumer un feu que pour faire des trous. dans ce dernier cas, la baguette doit être munie d'un morceau de pierre ou de métal, selon le matériau à percer. Il faut toujours se souvenir que pour perforer ou gratter un objet vous avez besoin d’un outil plus dur que celui que vous voulez travailler.

La baguette peut aussi être conservée mais dans ce cas vous devez placer une poudre abrasive ou du sable entre la baguette et la surface à perforer. Pendant ce travail, vous devez ajouter de l’eau régulièrement.

Dans l’Égypte Ancienne, on utilisait des systèmes à archer. Les Égyptiens étaient capables de percer des trous de grand diamètre dans des matériaux très durs comme le granite ou le basalte en utilisant un tube de cuivre comme baguette et du sable comme abrasif. Dans la bibliographie, vous trouverez un lien pour un site qui décrit cette technique.

Une variation de la technique à arc et baguette est celle de la perceuse à volant d'inertie. La Figure 9 montre sa structure, et son mode d’emploi. Elle utilise la rotation d’une baguette entraînée par un mouvement vertical d’aller et retour imposé à un tasseau qui est percé en son milieu. Cet instrument, pourvu d’une pointe de pierre dure ou de métal, était utilisé comme une perceuse, alors qu’avec une pointe en bois il pouvait servir d’allume feu.

Parmi beaucoup d'autres choses liées aux hommes primitifs, le site indiqué a coté montre différent méthodes pour allumer un feu.

Figure 9 – Perceuse à volant d'inertie
utilisée pour percer un trou dans du bois.

 

ARCHÉOLOGIE EXPÉRIMENTALE

En fabriquant des objets anciens et en les utilisant, il est possible d’apprendre plus de choses qu’en se contentant d’une simple observation. C’est en se fondant sur cette constatation qu’est née l’Archéologie Expérimentale. Cette discipline essaye de copier et d’utiliser des objets du passé dans le but de mieux comprendre comment ils étaient fabriqués et utilisés, et comment les gens de cette époque vivaient. Mes essais pour allumer le feu avec une méthode Paléolithique m’ont permis de redécouvrir des détails de cet objet, comme la pierre avec un trou et les rainures latérales faites près des trous dans la planche. Avant je n’avais pas fait attention à ses points de détail sur les photos que j’avais vues.

L’archéologie expérimentale est une discipline si intéressante qu’il y a des gens qui essayent de vivre pendant des années dans les mêmes conditions que nos ancêtres au Moyen Age ou dans des périodes plus anciennes. En Bretagne et en Angleterre, les gens ont essayé de traîner et d’ériger des pierres qui pesaient plusieurs tonnes, comme celles qui font partie d’anciennes constructions mégalithiques. Les archéologues ont construit des machines comme celles que les Romains avaient utilisées pour bâtir le pont au dessus du Rhin.

Certains fabriquent des arbalètes, des catapultes et d’anciens bâtiments. Dans d’autres cas, des batailles sont reconstituées. Dans la bibliographie, j’ai mis quelques liens vers des sites dédiés à l’Archéologie Expérimentale. Sur Internet, la littérature parlant d’Archéologie Expérimentale ne manque pas.


HISTOIRE DE LA TECHNOLOGIE

La construction du briquet Paléolithique et de la perceuse nous conduit vers une autre discipline intéressante: l’Histoire de la Technologie. Cette discipline permet de voyager tout au long de l’évolution des technologies pour connaître les objets, les instruments, les découvertes et les inventions que l’Homme a fait depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours. Le texte sur ce sujet par C. Singer, que j’ai référencé dans la bibliographie, est vraiment très bien écrit et possède une foule d’illustrations. Malheureusement, il est aussi épuisé, mais vous pouvez le trouver dans de bibliothèques et parfois il est vendu sur Internet. Beaucoup d’autres travaux sur le même sujet ont été publiés et vous pouvez les trouver aisément. Il y a aussi des ouvrages qui traitent de sujets plus restreints comme l’histoire de la métallurgie, les céramiques, le verre, le papier, etc…

Parmi les intéressantes étapes de l’histoire de la maîtrise du feu, il y a la mise au point des armes à feu, l’invention des allumettes au soufre, l’invention des amorceurs mécaniques pour les petits briquets à gaz, et aussi le système piézo-électrique utilisé dans les petits allumeurs de cigarettes et dans les applications à la combustion de gaz pour le cas de grills de barbecues, et chauffage de l’eau. J’espère que cet article vous a encouragés à explorer un peu plus les différentes étapes du cheminement de l’homme dans sa conquête du feu et dans l’utilisation de haute température au quotidien.


CONCLUSION

De nos jours, l’homme est habitué à un certain confort; bien souvent il ne se demande même pas comment ce confort a été développé, comment les hommes vivaient avant et quels ont été les sacrifices qu’il a fallu faire pour en bénéficier. Un simple geste permet à une flamme de jaillir d’un briquet et nous ne pensons même pas combien cette invention est magnifique et qu’est ce qui se cache derrière. Nous appuyons sur un bouton et là une bouteille d’eau fraîche apparaît. Si on appuie sur un autre bouton, nous avons un café, du lait, un sandwich, etc.… cependant, trouver de l’eau fraîche, spécialement dans les zones désertes, n’a pas toujours été un fait aussi simple. Parfois, il a fallu extraire l’eau d’une rivière infestée de crocodiles. Pour avoir du lait, il fallait convaincre l’animal de se laisser traire. Comme ce n’était pas possible de convaincre une femelle buffle en coinçant sa queue, il a fallu domestiquer les animaux et les garder dans des enclos.

Pour arriver à des sandwichs convenablement emballés, il a fallu tout d’abord inventer l’agriculture. Cela semble très évident, mais il faut retourner le sol, semer des graines, les cultiver, les ramasser, les moudre, les malaxer, les cuisiner… en bref, nous ne sommes pas arrivés tout de suite aux boutons! Donc, quand vous poussez un bouton, essayer au moins de penser à ce qu’il y a derrière ce simple geste. Ce retour en arrière donnera une profondeur à votre réflexion et aussi à vos actes, en vous reliant d’une certaine manière avec vos racines, et cela vous aidera à prendre conscience de votre place dans le déroulement de l’Histoire.

La civilisation du “bouton” nous a fait perdre beaucoup de nos capacités manuelles. En essayant de recréer et d’utiliser les anciennes techniques, nous réalisons que pour obtenir des résultats satisfaisants il ne suffit pas d’avoir une bonne dextérité. Il est aussi nécessaire d’être capable d’utiliser un outil correctement, avec une bonne dose d’expérience, d’astuce, de patience, d’habileté à comprendre ce qui ne fonctionne pas et savoir remédier au problème.

Dans notre passé pas si éloigné que cela, avoir quelque chose coûtait un dur labeur et des compétences. Aujourd’hui, en revanche, beaucoup de choses ne nous coûtent rien, ce qui fait que nous ne les apprécions plus. Si vous essayez de construire quelque chose et que vous voyez le même objet construit par d’autres personnes, immédiatement vous vous intéressez, vous le regardez et vous cherchez à apprendre des choses pour améliorer vos propres compétences de fabrication. Si une personne plus créative, ou plus chanceuse introduit une innovation, l’amélioration va vite se répandre. C’est de cette manière que les techniques ont évolué.

Avec un jeu vidéo, nous pouvons jouer à de grands jeux de chasse. Nous pouvons tenter l’excitation d’un safari, ou tout du moins en avons-nous l’impression. Mais se retrouver face à face avec des lions et se défendre avec une lance comme peuvent le faire les Massaïs, serait sûrement plus réaliste, et provoquerait une excitation d’une nature totalement différente. Chasser un bison à l’époque préhistorique ne devait pas ressembler à ce que propose le jeu vidéo. Poursuivre la proie ne suffisait pas, il fallait aussi être capable de fuir rapidement devant une proie seulement blessée et fâchée. Par ces réflexions simples et évidentes, vous pouvez deviner combien la vie des hommes primitifs était plus rude que la notre, et était de ce fait beaucoup plus réelle.

Ma propre impression est que pour vivre comme des hommes primitifs, il ne fallait pas seulement posséder une grande force et une dextérité, mais aussi disposer de beaucoup plus d’intelligence que ce qu'il nous sert aujourd’hui à l’age du « bouton » et du briquet piézo-électrique.


BIBLIOGRAPHIE

Langue française
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http://www.le-scoutisme-francais-en-franche-comte.org/27allum.html  Allumer du feu
http://www.forum.umontreal.ca/numeros/1998-1999/Forum99-03-22/article06.html  Les pierres à feu
http://www.futura-sciences.com/fr/comprendre/dossiers/doc/t/prehistoire/d/prehistoire-experimentale-le-feu_526/c3/221/p6/  Préhistoire Expérimentale

Langue italienne
http://www.archeologiasperimentale.it  Laboratoire d'Archéologie Expérimentale
http://www.archeologiasperimentale.it/fuoco.htm  Le feu: Films montrant différentes techniques pour allumer un feu
http://www.avventurosamente.it/sito/pagine/fuoco.htm  Le Feu
http://www.paleoworking.org/  Paleoworking, Programmes d'Archéologie Expérimentale
http://www.archeolab.com/indexarcheo.html  Archeolab, Laboratoire d'Archéologie Expérimentale (vivre l'histoire pour la comprendre)

Langue anglaise
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http://www.lothene.demon.co.uk/  Lothene, Experimental Archaeology
http://www.butser.org.uk/  Butser Ancient Farm
http://home.neo.rr.com/arch/stt.html  Stone Tool Technology Webring
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http://www.onagocag.com/piston.html The Firepiston: Ancient Firemaking Machine
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http://lithiccastinglab.com/gallery-pages/2002junemicrodrillspage1.htm  Quatre différents projets de perçage
http://www.geocities.com/unforbidden_geology/ancient_egyptian_copper_coring_drills.html  Outil et méthodes des Anciens Egyptiens pour travailler les pierres
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http://cavemanchemistry.com/oldcave/projects/fire/fire3.html  Faire du feu
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http://tecalibri.altervista.org/Classi/S/Sto_Tec_U_1900.htm  Bibliographie sur l'histoire de la technologie

Charles Singer, une histoire de la technologie (7 vol.), Clarendon Press, London, 1954

http://www.larmurier.net/Histoire.htm   Histoires des armes à feu
http://en.wikipedia.org/wiki/Firearm  Firearms (Wikipedia)

Mots clé sur Internet:
feu friction, faire du feu, arc baguette feu, allumer feu arc, archéologie expérimentale / archéologie, histoire technologie, arme feu acier silex.
friction fire, fire making, bow drill, experimental archaeology / archeology, history of technology
 


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